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01/12/2013

Quand l'administré est une star

La star a une vie matérielle, un domicile, un compteur d'eau, des papiers à faire, elle a des enfants, fait des travaux dans sa maison, bref, la star a forcément, tôt ou tard, besoin de venir à la mairie en personne. En général, elle n'arrive pas incognito, la star. Elle est reçue dans un bureau, pas au guichet. Quand une star vient s'installer dans la commune, on le sait bien longtemps avant, par une indiscrétion du notaire, du vendeur qui en profite pour se faire mousser un peu : "Oui, je m'en vais, je change de vie, ça devenait petit, ah, au fait, j'ai vendu à Depardieu" (c'est juste un exemple). Et c'est là que, en tant que DGS, j'observe avec stupeur la façon dont tout le monde, aussi bien les élus que les collègues, se met à piétiner allègrement les principes du service public : équité, neutralité, continuité.

Dans ma petite commune semi-rurale, plusieurs personnalités ont un pied-à-terre. Bien sûr, ce n'est jamais un domicile permanent, juste une bicoque (de 300 m²) pour passer les week-ends. Alors, la star, quand vient l'enquête publique du PLU, vient s'assurer que ses biens ne sont pas trop malmenés. Mais la star n'attend pas que le commissaire enquêteur soit libre, non non non, la star fera envoyer un courrier par son avocat. Ou bien la star entreprend de gros travaux sans permis de construire. Le Maire se dit que son devoir est de l'informer de ses obligations, car elle ne doit pas savoir, la star. Il envoie donc un gentil courrier pour demander une régularisation. La star ne prend pas la peine de répondre, et envoie son architecte régler la paperasse. Mais l'architecte en question est aussi une star, et on s'aperçoit qu'il n'est pas habilité à signer un permis de construire, car de diplôme d'architecture point ! Il est juste décorateur...

Dans toutes ces situations, le DGS désemparé ose suggérer au Maire un peu plus de fermeté, alors il lui répond emploi local (la star, pas bête, fait travailler les artisans du coin), notoriété, entregent utile pour de prochains dossiers, levier politique, sponsoring de clubs sportifs. Le DGS, dépité, s'en retourne à son bureau et, faussement blasé, déclare à la cantonade : "Ah, quelle plaie, j'ai encore dû recevoir Depardieu..."

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