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Journal d'une attachée détachée - Page 2

  • Inauguration

    Sur la photo officielle, ils se tiennent côte à côte, elle, jeune femme très jolie, aux cheveux blonds et lisses, et lui, un homme d'âge mûr, qui pourrait être son père ou presque son grand-père. Tous deux sont ceints d'une écharpe tricolore, le rouge vers le cou, "rouge gorge". Elle sourit, radieuse. Il a l'air crispé. En tant que féministe, je devrais me réjouir de voir cette scène, la robe élégante et les ballerines au milieu des costumes sombres, cravates et chaussures vernies. Car elle vient d'être élue députée, damant le pion aux caciques, éléphants et autres vieux routards autoproclamés qui se croyaient inamovibles.

    Mais...

    Cette scène est sinistre. Elle est élue d'extrême droite, lui représente un parti socialiste moribond. Elle laboure le terrain depuis des mois, séduit, se montre, est partout, enfonce des portes qui s'ouvrent trop facilement. Lui, fin lettré, normalien, 40 ans de politique derrière lui, ayant occupé les plus beaux mandats de la République (maire, député, sénateur, ministre) et défendu les plus belles causes, paraît terne.

  • Le PICS, ça pique !

    Le décret sur les plans intercommunaux de sauvegarde est sorti !
     
     
     
    J'adore le dernier paragraphe que je ne cesse de lire et relire. Les cadres territoriaux sont enfin appréciés à leur juste valeur, puisque, selon l'estimation de l'Etat, il ne faut que 8 heures de travail à un catégorie A pour pondre un PCS.
     
    Par contre, un cabinet privé sera moins performant, puisqu'en cas d'externalisation de la mission, cela coûtera entre 5000 et 10 000 euros.
     
    Conclusion : un catégorie A produit 625 € à 1250 € de l'heure quand il en coûte 20 fois moins.
     
    Je me demande ce qu'on en pense chez McKinsey.

  • Mecsplication

    Notre collectivité ayant franchi le seuil fatidique des 50 agents, nous créons notre comité social territorial. J'ai passé du temps à éplucher les nouveaux décrets car, bien sûr, le droit n'est pas resté constant depuis les dernières élections professionnelles, ce serait trop facile. Et voilà que je me vois seriner doctement par le délégué syndical, missionné en douce par un élu, qui m'explique qu'en tant que DGS je ne peux pas siéger au sein du collège des représentants de la collectivité. Qu'un élu s'y oppose, passe encore, on peut entendre dans sa bouche qu'il y a "les élus d'un côté et les agents de l'autre", ce n'est après tout qu'un élu (même si cette vision des choses montre une profonde incompréhension de la nature du poste fonctionnel). Mais que le syndicat ne voie pas d'un bon œil le DGS siéger au CST, cela m'interroge forcément. Je me demande ce qui se trame dans tout cela, si c'est l'orgueil d'un homme qui ne veut pas perdre la face (car il a déjà affirmé à son élu qu'une telle nomination n'était pas légale) ou s'il y a autre chose. En tout, force est de constater que je viens d'être victime de mecsplication (ou mansplaining) et que je n'ai pas eu assez confiance en moi pour lui rentrer dedans. Cela augure bien de ce comité que je voulais apaisé et constructif.

  • Collègues

    Petite ville touristique surchauffée, terrasse de restaurant. Nous transpirons tranquillement devant une bière, en vacances pour trois jours sans les enfants. A côté de nous s'asseyent deux hommes en chemise. Je sens quelque chose de familier. Nous étions en train de parler de choses et d'autres, et j'expliquai à mon mari que le Président avait enfin décidé qu'il était juste que le café que nous buvions entre collègues soit payé par la collectivité, puisqu'elle prenait déjà en charge le café des élus. Agents, élus, à ces mots je sens mon voisin qui dresse l'oreille. Puis c'est moi qui écoute leur conversation. "Tu en es où avec ton problème de régie" dit l'un. Gagné, des fonctionnaires territoriaux. "DRH", "management", "services", c'est gagné, je suis assise à côté du DGS de ville et de l'un de ses directeurs adjoints. Pas moyen d'échapper à la vie territoriale.

  • Le 35 mai

    Le 25 mai 2018 entre en vigueur le règlement européen sur la protection des données personnelles.

    Comme d'habitude dans les collectivités, nous nous penchons dessus au dernier moment et dans l'affolement.

    Comme d'habitude, nous paniquons devant l'ampleur de la tâche et nous agitons dans tous les sens, comme une fourmilière piétinée.

    Puis, comme d'habitude, nous regardons ce que font les voisins, qui sont les bons élèves, et comment se faire invisible pour passer entre les gouttes.

    Plusieurs prestataires nous proposent leurs services. Ressort le bon vieil adage : il faut se dépêcher d'attendre.

    Le 25 mai se rapproche et semble s'éloigner en même temps.

    D'habitude les dates butoir sont reportées. Peut-être au 35 mai ?

    Peut-être le DPD* arrivera-t-il au galop sur le dos du cheval Negro Caballo et ses patins à roulettes ?

     

    *Délégué à la Protection des Données