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Journal d'une attachée détachée - Page 6

  • Quand l'administré est une star

    La star a une vie matérielle, un domicile, un compteur d'eau, des papiers à faire, elle a des enfants, fait des travaux dans sa maison, bref, la star a forcément, tôt ou tard, besoin de venir à la mairie en personne. En général, elle n'arrive pas incognito, la star. Elle est reçue dans un bureau, pas au guichet. Quand une star vient s'installer dans la commune, on le sait bien longtemps avant, par une indiscrétion du notaire, du vendeur qui en profite pour se faire mousser un peu : "Oui, je m'en vais, je change de vie, ça devenait petit, ah, au fait, j'ai vendu à Depardieu" (c'est juste un exemple). Et c'est là que, en tant que DGS, j'observe avec stupeur la façon dont tout le monde, aussi bien les élus que les collègues, se met à piétiner allègrement les principes du service public : équité, neutralité, continuité.

    Dans ma petite commune semi-rurale, plusieurs personnalités ont un pied-à-terre. Bien sûr, ce n'est jamais un domicile permanent, juste une bicoque (de 300 m²) pour passer les week-ends. Alors, la star, quand vient l'enquête publique du PLU, vient s'assurer que ses biens ne sont pas trop malmenés. Mais la star n'attend pas que le commissaire enquêteur soit libre, non non non, la star fera envoyer un courrier par son avocat. Ou bien la star entreprend de gros travaux sans permis de construire. Le Maire se dit que son devoir est de l'informer de ses obligations, car elle ne doit pas savoir, la star. Il envoie donc un gentil courrier pour demander une régularisation. La star ne prend pas la peine de répondre, et envoie son architecte régler la paperasse. Mais l'architecte en question est aussi une star, et on s'aperçoit qu'il n'est pas habilité à signer un permis de construire, car de diplôme d'architecture point ! Il est juste décorateur...

    Dans toutes ces situations, le DGS désemparé ose suggérer au Maire un peu plus de fermeté, alors il lui répond emploi local (la star, pas bête, fait travailler les artisans du coin), notoriété, entregent utile pour de prochains dossiers, levier politique, sponsoring de clubs sportifs. Le DGS, dépité, s'en retourne à son bureau et, faussement blasé, déclare à la cantonade : "Ah, quelle plaie, j'ai encore dû recevoir Depardieu..."

  • Le guichet unique réseaux et canalisations : énorme déception

    Depuis quelques mois, nous nous préparons à exploiter pleinement ce nouvel outil qu'est le guichet uniquement "réseaux et canalisations". L'objectif est de centraliser les demandes de renseignements et DICT pour consulter les concessionnaires de réseaux avant d'entamer des travaux. Bref, pour éviter de percer la canalisation de gaz en installant un poteau d'éclairage public.

    Après une approche laborieuse, nous avons enfin créé nos trois comptes "collectivité", "exploitant de réseaux" et "déclarant de travaux". Déjà, pourquoi ne pas avoir centralisé ces cas de figure dans un compte unique puisque la plupart des collectivités ont les trois casquettes ?

    Aujourd'hui, j'effectue un premier essai avec notre directeur des services techniques pour une DICT en tant que maître d'ouvrage. Avant de creuser les fondations pour un chantier en régie, nous souhaitons savoir où sont exactement les réseaux. Nous accédons au site et parvenons à établir la cartographie de l'emprise de notre chantier. Puis, le lien vers un dossier nous arrive par courriel. Il s'agit d'une série de fichiers PDF : les formulaires Cerfa pré-remplis. Super ! Où se trouve le bouton "envoyer" pour le transmettre à ErDF, France Télécom, etc. ? Eh bien nulle part, il faut imprimer les formulaires et les envoyer ! La notice me confirme qu'effectivement le téléservice n'est pas une plafeforme d'envoi de documents. Donc imprimer, signer, photocopier, envoyer chaque Cerfa (alors qu'avant nous n'en remplissions qu'un seul). Vive le progrès.

    Pourquoi construire de tels outils pour ne pas aller au bout de la démarche ? Sans parler du temps passé à se l'approprier, un temps qui est transparent pour nos élus, et sans aucune valeur ajoutée. Grosse déception.




  • Sexisme, encore

    Un petit exemple tout simple qui illustre à quel point les mentalités sont longues à évoluer : je reçois par courriel un catalogue de tenues professionnelles pour le restaurant scolaire. Le titre du message est : "tenues dames école". La fameuse "dame de service" a de beaux jours devant elle...



  • FIC alors !

    Deux ou trois fois par an, j'anime un module de deux jours dans la formation d'intégration des agents de catégorie C (la FIC). Cela remonte à 2008, quand le CNFPT a eu besoin de faire appel à de nombreux formateurs pour ces sessions qui se mettaient en place.

    A chaque fois, j'ai devant moi un bon échantillon de ce qu'est la catégorie C de la fonction publique territoriale, dans un département globalement rural. ll y a le jeune goguenard, l'ancien militaire qui soutient que dans la FPE il y a davantage de droits et d'obligations, l'employée polyvalente d'une commune minuscule qui fait aussi bien la cantine que le ménage dans l'école, et accessoirement sert d'ATSEM ou d'agent d'accueil à l'agence postale communale, la jeune adjointe administrative entrée par la petite porte mais qui ne compte pas s'arrêter là, qui a déjà épluché ses droits et obligations et vous pose des questions centrées sur les congés, les autorisations d'absence et les jours de garde d'enfant.

    Et puis, il y a toujours ce moment, terrible, où un stagiaire s'endort. La digestion, la chaleur des salles de formation, le début d'après-midi, le visionnage d'une vidéo ou d'un diaporama, c'est imparable. A la pause, il se fait charrier par les autres. Pas facile, de rester assis toute une journée quand on travaille au grand air...

  • Glissement Vieillesse Technicité.

    Je ne vous dis pas la pression qui pèse sur les fonctionnaires âgés de presque 60 ans, qui déjà ont dû admettre l'idée de travailler jusqu'à deux ans supplémentaires alors qu'ils pensaient pouvoir prendre leur retraite, et terminent péniblement leur service face à une hiérarchie qui ne rêverait que de les voir partir, pour diminuer la masse salariale, pour renouveler l'équipe avec du sang neuf dans les collectivités les mieux loties, et qui entendent à la radio les grandes lignes du récent rapport de la Cour des Comptes : charges de personnel trop lourdes, absentéisme, mauvaise organisation du travail, etc. On leur dit en même temps qu'ils sont improductifs, qu'ils sont plus souvent malades, qu'on ne doit plus travailler comme avant, mais qu'il faut rester. Et, chaque matin, supporter les vannes des collègues. "Alors, papy, on attend la quille ?"